Le 5 décembre dernier, à quelques heures d’intervalle, nous avons appris la mort de Nelson Mandela, puis l’heure de la venue de Madame Le Pen pour l’inauguration du local de campagne de Monsieur Marionnaud.

Il n’y a bien entendu aucun rapport direct entre ces deux événements.

Sauf qu’ils nous ont occupés simultanément. Nous savions depuis quelques jours que Madame Le Pen viendrait à Clamart ; mais sans en connaître l’horaire précis, nous avions renoncé à organiser un comité d’accueil. Quand nous avons appris qu’elle venait un vendredi à 18h, nous avons compris qu’elle cherchait à attirer l’attention sur sa visite. Pour ne pas la décevoir, en quelques heures, nous nous sommes organisés, et toute la gauche clamartoise était présente. Nous avons pu compter jusqu'à 230 Clamartois qui dénonçaient dignement l’endossement des idées nauséabondes du Front National par le parfumeur Marionnaud.

Nous aurions préféré nous consacrer à un hommage à Nelson Mandela. Si sa mort nous a attristés, il nous aurait été agréable de nous rappeler de sa vie si longue et si bien remplie, de cette vie exemplaire en ce qu’elle porte d’espoir pour tous les combattants de l’égalité entre tous les hommes.

Alors aucun rapport, mais un fait : le jour où le monde entier honore un homme qui a lutté toute sa vie contre l'apartheid, Madame Le Pen inaugure les locaux du Rassemblement Bleu Marine, dont le programme incite à la division.

Et l'occasion de dire que nous avons été glacés par les propos du député européen, membre du comité central du Front National, Monsieur Gollnish, qui fait entendre une voix discordante dans le concert de louanges, et remet sur son blog un article récent dans lequel il se félicite que les députés du Front National aient, en 1987, dénoncé « l’embargo contre ce pays [l’Afrique du Sud] qui pénalisait notamment notre avionneur Dassault », ou que Monsieur Le Pen ait estimé « que le régime afrikaner était de loin un moindre mal, un facteur de stabilité et de richesses, entouré par un océan de misère ».

Nous n’avons pas entendu dire que la présidente du Front National se soit émue des propos de son père repris par l’ex-numéro 2 de son parti. Et s’il est vrai qu’elle a salué « la mémoire » du prix Nobel de la Paix, « qui, par patriotisme et par amour de son peuple, avait réussi à sortir son pays de la guerre civile en le préservant des déchirures », qu’il nous soit permis, au passage, de remarquer une sorte de récupération : présenté ainsi, Nelson Mandela devient une sorte de nationaliste, alors que, pour nous, son combat dépassait celui de son seul pays ou de son seul peuple.

Nous avons attendu avant de publier ce billet, car nous aurions aimé commenter la réaction de Monsieur Berger suite à cette visite de Madame Le Pen. Ne voyant toujours rien venir, nous publions.